LIBÉRATION / 6 novembre 2003

SCAN [ more business, more money management ]

“Scan balaye le rayon joyeusetés”

Pas question de plaisanter avec Michel Schweizer, classé chez les chorégraphes contemporains. Dès l’entrée de l’espace Malraux de Chambéry, où il présente Scan, les spectateurs sont pris en charge par des hôtesses. Les VIP, regroupés en salle d’attente, dégustent des vins locaux. Puis on les dirige, via la scène, dans la salle déjà occupée par les non-VIP. Le spectacle peut commencer. Il est assez déroutant et carrément nihiliste. Tout est miné par les stratégies commerciales, par des deals multiples. Aucune des valeurs faisant que l’art est de l’art n’est épargnée. Il n’y a ni acteur ni danseur, ni• régisseur ni chorégraphe, mais des prestataires réunis dans la Coma, centre de profit. Ils sont au service du spectateur qui doit laisser quelques-unes de ses habitudes au vestiaire.
Hommes sans qualité.
Le bon, le beau, l’émotion, la technique, la prouesse la virtuosité tous ces mots n’ont plus cours sur un plateau occupé en permanence par des hommes sans qualité. Le monde du travail, la politique, la critique sont mixés en direct, franchement, sans tromperie sur la marchandise. Michel Schweizer est un manager redoutable qui choisit ses prestataires pour leur investissement dans le projet.
Le propos n’est pas d’injecter du réel, de faire rentrer du dehors dans le dedans du théâtre. La Coma défend sa réalité, à l’œuvre pendant une heure trente.
(…)
Scan marche à la frontière du cynisme, de la désolation, de la vacuité, citation de Jean-Pierre Cometti à l’appui: « L’art et la culture sont devenus (institutionnellement et politiquement) des leurres qui se substituent à l’impuissance politique. Le consensus y règne de part en part.» Le nouveau festival Art’tension, plein de joyeusetés dynamisantes, ne pouvait rêver plus belle ouverture.

Marie-Christine Vernay